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Nintendo face aux Smartphones

NintendoLa roue tourne de plus en plus vite dons le jeu vidéo. Illustration avec le géant japonais, bousculé par les créations pour smartphones, après avoir longtemps sous-estimé leur succès.

D’ordinaire, Satoru Iwata électrise ses troupes à l’occasion de grand-messes célébrant les succès maison. Mais, en août dernier, c’est sur un ton churchillien que le président de Nintendo, 52 ans, s’est adressé à ses 4500 salariés. «Depuis dix ans, Nintendo a grossi comme une bulle, leur a-t-il écrit dans un e-mail. C’est probablement pourquoi nous nous sommes habitués à dépenser l’argent de l’entreprise sans compter,» Suivaient des recommandations très pratiques pour réduire les coûts au quotidien. «Est-il toujours nécessaire de faire des photocopies en couleur, de voyager en classe affaires, de travailler tard et de rentrer chez soi en taxi ?»

Si le leader mondial des jeux vidéo exhorte ses employés à économiser les trombones, c’est qu’il connaît une mauvaise passe. Les ventes de consoles portables DS se cassent la figure: 18 millions d’unités en 2009, 6,6 millions en 2011. La 3DS, la petite dernière lancée à grands frais en février, a fait pschitt. Côté Wii, une console de salon certes en fin de vie, même dégringolade: les ventes sont passées de 11,4 millions en 2009 à 7 millions l’an passé. «Le cours élevé du yen n’explique pas tout», commente Michael Pachter, l’analyste vedette de la société Wedbush. Comme ses rivaux Sony et Microsoft, le géant nippon peine à endiguer la montée en puissance des jeux sur smartphone et tablette, qui devraient représenter en 2014 un marché de 10,4 milliards d’euros, deux fois plus qu’en 2010. Du coup, pour la première fois de son histoire, la firme de Kyoto devrait être en perte en 2011-2012: 190 millions d’euros, pour 7 milliards de chiffre d’affaires.

De quoi ébranler ce monument national japonais. Fondé en 1889, Nintendo a d’abord été un fabricant de jeux de cartes, avant de se lancer dans le jeu vidéo au cours des années 1970. Un triomphe. Quels parents n’ont pas enragé en voyant leur marmaille scotchée à une console NES (1983), une Game Boy (1989) ou une Nintendo DS (2005) ? Avant de succomber eux-mêmes aux charmes de la Wii, lancée en 2006? Avec sa Wiimote, une manette inédite capable de détecter les mouvements, Nintendo a en effet réalisé la prouesse de réinventer la façon de jouer et de capter un nouveau public passionné par les séances de tennis, de golf ou de gymnastique à pratiquer en famille devant l’écran de télévision. Résultat: 89 millions d’exemplaires vendus! Orfèvre du jeu, la firme de Kyoto a aussi réussi à ancrer ses personnages dans toutes les têtes. Depuis 1985, tout le monde endosse le costume du plombier moustachu Super Mario Bros (40 millions d’unités vendues) pour aller sauver une princesse emprisonnée! Le public a aussi craqué pour Zelda, une saga féerique déclinée en onze opus. Plus récemment, le Programme d’entraînement cérébral du Dr Kawashima, un jeu de réflexion sur DS, a rajeuni les seniors …

En lançant, en février 2011, la 3DS, une console permettant de visualiser l’écran en 3D sans lunettes, Nintendo espérait dégainer à nouveau une technologie décisive. Il n’en a rien été. «La 3 D ne représente pas une rupture à la hauteur de ce qu’il avait réussi avec la manette de la Wii», juge Laurent Michaud, spécialiste des loisirs numériques à l’Idate. Pis, les experts ont pointé un défaut majeur dans cette nouvelle console, l’absence d’un double stick analogique, qui améliore la précision des commandes. Le détail peut paraître anodin aux yeux des néophytes, pas aux fans de jeux de tir. «Le gros défaut de la PSP de Sony était déjà l’absence de deuxième stick, qui excluait un tas de jeux. Personne ne comprend pourquoi Nintendo n’a pas retenu la leçon», s’interroge Pierre Fontaine, journaliste à «01 Informatique». Face aux critiques, l’entreprise a promis un accessoire à 15 euros à rajouter sur le côté.

Plus grave pour un pro comme Nintendo, la console a été lancée prématurément, sans que l’offre de jeux associés soit à la hauteur. «Avons-nous été capables de proposer un catalogue suffisant? Je ne le crois pas», admet Stephan Bole, directeur général France et responsable de la stratégie en Europe, dans son bureau de Cergy-Pontoise. Pas de Mario à se mettre sous la dent, pas de Zelda. «Il est très dur de vendre le hardware si, à côté, il n’y a pas de logiciels de qualité», explique Michael Pachter, de Wedbush. La télévision en 3D, qui manque cruellement de programmes, est confrontée au même problème. Depuis, l’offre de jeux pour 3DS s’est certes étoffée, notamment au moment des fêtes de fin d’année, mais beaucoup de ventes ont été loupées.

Ce retard à l’allumage a mis en évidence la dégradation des relations entre Nintendo et les éditeurs tiers qui alimentent son catalogue. Le japonais est réputé pour sa redoutable intransigeance et son côté dominateur. Au lancement des dernières versions de consoles portables, il a frustré les développeurs en mettant surtout en avant ses propres jeux, au détriment des leurs. « Ils se sont démotivés», affirme un analyste.

Danger! Car ces partenaires, habitués à passer sous les fourches Caudines des «consoliers», peuvent désormais aller voir ailleurs: chez les fabricants de smartphones. D’autant que, pour les éditeurs, le modèle proposé par Apple ou Google est plus souple. Ils n’ont pas de ticket d’entrée à payer pour commencer à développer un jeu, comme chez Nintendo ou Sony. Autre avantage, la base installée est énorme: 100 millions d’iPhone, plus de 200 millions d’iPod, quelques dizaines de millions d’iPad ! Sans parler des millions d’appareils équipés d’Android, le système d’exploitation de Google. Certains éditeurs préfèrent ainsi imaginer des petits jeux vendus moins de 5 euros, mais diffusés à grande échelle, plutôt que de bâtir des cathédrales virtuelles à 30 ou 50 euros aux débouchés plus incertains.

Pour prendre la mesure du flop de la 3DS, il suffit d’observer l’empressement inhabituel de Nintendo à baisser le prix de sa machine. Au Japon, un rabais de 40% est intervenu moins de six mois après le lancement. Un jour plus tard, la valeur de l’action Nintendo à la Bourse d’Osaka chutait de 21% ! Les objectifs de ventes n’ont, par contre, pas bougé, soit 16 millions d’exemplaires d’ici mars prochain. «La 3DS ne sera pas rentable sur l’année, aujourd’hui on vend à perte», déplore Stephan Bole. De plus, il a fallu se faire pardonner par les premiers acheteurs, furieux d’avoir acquis la console au prix fort. Pour les dédommager, Nintendo leur a offert la possibilité de télécharger une vingtaine de jeux gratuits. Quant aux distributeurs, ils ont reçu de quoi compenser l’écart de prix sur les 3DS toujours dans leur stock. Coûteux!

A Kyoto, les espoirs reposent désormais sur la remplaçante de la Wii, prévue pour 2012. Baptisée Wii U, elle renoue avec le savoir-faire de Nintendo pour bousculer les habitudes. Plus qu’une machine à jouer, le japonais propose une console multimédia dans laquelle la traditionnelle manette est remplacée par une tablette tactile. Le concept a, semble-t-il, dérouté les analystes: après la présentation de l’engin au dernier Salon E3 de Los Angeles, le cours de Bourse de Nintendo a de nouveau plongé. Ressaisis-toi, Mario!


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